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L'entraîneur français - N° 340


Dossier " Entraîneur, quelles compétences, quel profil ? "

Extrait de l'article

" Dans le numéro précédent, Daniel Ollivier tentait de décrire le travail de l'entraîneur de haut niveau, d'en caractériser les domaines principaux ; il indiquait en outre quelques aspects clefs de la fonction pour assurer le métier, aujourd'hui et demain.
Dans cet article-ci, nous prolongerons la réflexion en proposant une analyse des compétences requises pour exercer ce métier.
En effet, le rôle de l'entraîneur se complique depuis ces dernières années, pour des raisons à la fois purement sportives (niveau élevé des joueurs et des équipes, multiplicité et complexité croissante des domaines à maîtriser ) et pour des raisons sociétales ( rôle du sport de haut niveau dans la société, mondialisation des modes de concurrence, évolution des mentalités des jeunes mais aussi du public...).
L'entraîneur exerce donc sa profession dans un univers impitoyable; seuls les individus dont les profils sont particulièrement adaptés et dont les compétences sont en adéquation avec les exigences du métier peuvent se maintenir au haut niveau.

Un métier " trois en un " :

Le tableau présenté ici (cf tableau) indique quelques exemples de savoir-faire que nous avons identifiés pour chaque domaine d'activités.

Une première lecture de cette liste permet de vérifier que le métier d'entraîneur sollicite des compétences de nature variée et appelle donc de la part des personnes à développer de nombreux talents.

D'abord l'homme d'action pour organiser, décider, gérer, suivre et contrôler, mettre en place...
Au four et au moulin, l'entraîneur réalise de nombreuses tâches de toutes sortes ; les savoir-faire correspondant à cette dimension sont très diversifiés :
" Préparer les séances d'entraînement, observer les équipes adverses, organiser et contrôler la manière pour chaque joueur de se préparer, organiser le suivi médical et diététique des joueurs... " exigent la maîtrise d'un corpus très étendu de connaissances.
Bien sûr certains aspects de cette dimension peuvent être délégués à des adjoints ou à un staff technique ; cependant, la crédibilité de l'entraîneur passe encore par sa présence et son implication dans ces tâches opérationnelles du quotidien.

Ensuite l'homme de relation pour animer, motiver, accompagner, former, assister, conseiller, sanctionner, féliciter, nouer des contacts, échanger...
Sans des compétences relationnelles, il est bien difficile de mettre en place ses orientations ; par exemple, comment faire émerger les qualités de chaque joueur ?
Il y a peu de chance d'être efficace en traitant tous les joueurs de la même manière. Le contrat psychologique qui se noue entre le joueur et l'entraîneur est " intuite personne " et prend donc des formes spécifiques pour chaque cas.
" Entraîner les joueurs à analyser leurs performances, accompagner un joueur dans des situations de crise, écouter et utiliser les motivations et le système de valeur de chaque joueur pour faire passer les messages, définir avec les joueurs les règles de fonctionnement internes à l'équipe... " requièrent des aptitudes relationnelles et la maîtrise des principales techniques de communication ( expression orale, motivation, négociation,...)
L'entraîneur influence des comportements tant au niveau des joueurs que de l'entourage ; c'est bien là un de ses principaux rôles. Le travail est avant tout psychologique : comment mettre une équipe dans un état d'esprit tel qu'elle va gagner ? Les actions qu'il décide de réaliser, la gestion de ses priorités ne sont que des instruments de cette stratégie d'influence.

Enfin l'homme de réflexion pour analyser, porter des appréciations, diagnostiquer, juger, étudier, explorer, anticiper, comparer, imaginer...
" Analyser l'organisation et le style de jeu d'une équipe adverse, traduire un système de jeu ou un schéma tactique en consignes accessibles à tous les joueurs, qualifier les besoins de recrutement d'une équipe, identifier le potentiel de progression d'un joueur et les conditions de son développement,... " exigent des qualités intellectuelles évidentes.
Ces compétences d'analyse et ces capacités de jugement sont déterminantes car elles optimisent les deux autres dimensions :
Que serait l'homme d'action sans cette capacité à agir de manière judicieuse ?
Que serait l'homme de relation sans stratégie de communication réfléchie, préméditée ?

Ces trois axes de compétences sont trois leviers possibles pour exercer le métier d'entraîneur. Chacun d'entre nous possède une motivation et des talents plus ou moins développés selon le domaine. Mais qui peut prétendre maîtriser ces trois dimensions du métier ?

Cela nous donne plusieurs profils d'entraîneur en faisant varier l'axe dominant.





Autour de ces profils caricaturaux existent d'autres moins tranchés; il y a autant de profil que d'entraîneur, les cas de figure sont infinis.
Par ailleurs au cours de leur carrière les individus changent et peuvent privilégier des dimensions différentes. L'expérience va faire évoluer chaque personnalité dans des directions nouvelles.

Cependant, l'entraîneur de haut niveau doit bien prendre conscience des registres qu'il manie plus naturellement ;
Quel est son domaine d'excellence ? Quelles sont ses sources de difficultés ?
C'est indispensable, d'abord pour situer ses zones de progrès : sans remise en question régulière de ses compétences, l'entraîneur prend un risque.
C'est important ensuite pour s'entourer de compétences complémentaires ; ce sont des staff plutôt que des individus seuls qui réussissent aujourd'hui ; la plupart des grandes équipes sont dirigées par des entraîneurs largement entourés et secondés.... "

La suite est à lire dans la revue : L'entraîneur français - N° 340